l y a une dizaine de jours je suis allé voir “Le point sur Robert”, le dernier spectacle de Fabrice Luchini. Inutile de vous ruer sur votre billetterie favorite, c’était une des dernière. Alors pourquoi en parler ? Juste parce que j’ai aimé.
Qui c’est ce fameux Robert ? C’est le beauf moyen qui lit l’équipe et s’ennuie à mourir en regardant Luchini déclamer du Paul Valéry, du Céline ou du Chrétien de Troie (c’est vrai qu’il fallait se le farcir celui-là) et d’autres encore, et qui n’est venu que pour accompagner sa femme. On n’en parlera qu’une fois pendant le spectacle, histoire d’en rire. Absent mais si présent… car on voit bien de qui il parle. A la limite robert c’est nous, qui venons entendre des auteurs qu’on ne lit pas chaque jour, qu’on a même parfois aucune envie de lire en espérant que le déclic se produise.
En fait si je dois retenir quelque chose de Robert c’est qu’il n’a pas quitté la salle. Ni moi. Ni personne. Parce que Robert a fini par apprécier ces textes qu’il trouvait rébarbatif. A force de répétition, de digressions savoureuses, d’explications, puis de nouvelles répétitions. Ces mots si lointains à la première lecture en étaient devenus familiers. De l’appréhension a un certain plaisir.
Luchini fait le pitre ? Peut être. Il donne du sens ? Certainement. Comme quoi on apprécie d’entendre ce qu’on ne saurait lire (ou relire) parce qu’on ne prend pas le temps de comprendre, de s’en éloigner, d’en rire parfois et d’y revenir.
La méthode fait il rire les amoureux des belles lettres ? La trouvent ils déplacée ? Peu importe. On en tire une leçon : il n’est rien d’innaccesible ou inexplicable : il y a ceux qui savent faire passer un message et les autres.
En tout cas j’ai apprécié, j’ai appris, et j’ai bien ri. Avec même l’envie d’aller me replonger dans certains ouvrages qui trainent depuis des années dans ma bibliothèque. En souvenir de ceux que j’ai aimé et de ceux que je ne m’étais pas donné le temps d’apprécier.
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